Il est en général important pour un client de bien comprendre le business model d’un fournisseur. En particulier si ce fournisseur acquiert un statut de «partenaire», avec une relation qui se développe dans le temps sur une base plus riche qu’un simple acte d’achat-vente.
Pourquoi est-ce important me dira-t-on ? Parce que si on parle réellement de partenaires, on ne se situe pas dans une relation acheteur-vendeur soumise uniquement à la loi du marché et au rapport de force. Entre partenaires, il est nécessaire de se connaître, afin que la discussion financière aboutisse à une situation équilibrée, respectueuse d’un côté d’une marge décente pour le fournisseur et garante de l’autre côté de la fourniture au client du service au meilleur prix.
Or dans le cadre de la relation annonceur-agence, on est souvent dans une relation de type partenaire, mais en revanche, il n’est pas rare d’observer une méconnaissance étonnante du business model de l’agence de la part de l’annonceur. Combien d’annonceurs connaissent les éléments financiers d’un projet côté agence ?
A la décharge de l’annonceur, le milieu des agences n’est pas d’une transparence exemplaire sur le sujet.
Sans parler de business model et de marges, il est déjà difficile d’avoir une idée précise des revenus d’une agence. On a en effet accès au chiffre d’affaires, mais à partir du moment où l’agence procède à des achats pour compte client ou bien sous-traite une partie de ses prestations (c'est-à-dire dans la quasi totalité des cas), on ne connaît pas le revenu réel de l’agence. Le terme de «marge brute» (ou celui de «valeur ajoutée», rencontré parfois) désigne ce fameux revenu mais il n’est pas une donnée définie dans le plan comptable français. Cette donnée ne peut donc être isolée au regard des documents comptables. On en est ainsi réduit au déclaratif agences.
NB: A ce sujet, on peut lire l’intéressante discussion entre la rédaction de Stratégies et l’AACC (Association des agences-conseils en communication) qui donne l’ampleur du travail à faire en la matière.
Pour réellement connaître le business model, il faut en fait deux choses:
- Que cela intéresse l’annonceur. Or ceci n’est pas la règle. En effet, l’intervention d’un département achat (ou d’un expert extérieur) tout au long du processus de négociation n’est pas observée de manière généralisée.
- Que l’agence coopère. Car si celle-ci réclame un statut de partenaire et non de fournisseur, elle n'est en revanche guère enthousiaste à l’idée d’ouvrir sa comptabilité analytique (et pas la générale dont on a vu plus haut qu’on ne peut pas en tirer grand-chose) à son partenaire annonceur.
Question : est-ce que la crise va faire évoluer les comportements dans ce domaine ?